François-Michel Duguet, romancier et essayiste publié aux Éditions Le Lys Bleu, signe en 2026 une œuvre déjà cohérente : six livres en sept ans, structurés autour de deux grandes architectures — Les Trois Étoiles et la trilogie Ténèbres de cités —, encadrées par trois récits plus brefs. Cette note critique propose une lecture d'ensemble d'un projet littéraire porté par une éthique de la transmission.
Il y a quelque chose d'inactuel chez François-Michel Duguet, et c'est sans doute ce qui retient. Un récit autobiographique, une satire politique, une chronique d'un Français moyen, une trilogie de romans noirs, un grand roman historique — et pourtant aucune impression de bavardage. Aucune trace non plus de cette littérature qui se cherche à voix basse en attendant que le marché décide. FM Duguet écrit comme on tient un cap.
Les Éditions Le Lys Bleu accompagnent ce travail, qui s'articule autour de deux grandes architectures : Les Trois Étoiles, qui descend dans la verticale du temps ; la trilogie Ténèbres de cités, qui ouvre la verticale d'un même pays à un même moment. Trois livres plus brefs les encadrent.
Une œuvre en cycles : les voix
Entre ombres et lumières (2025) ouvre l'œuvre par un récit de résilience sans pathos, où la solitude est traitée comme un moteur et l'héritage comme une obligation. La phrase est déjà longue, déjà oratoire — on y entend la formation lyrique de l'auteur, contre-ténor de formation.
Complots et secrets au château (septembre 2025) inaugure la veine satirique. Eudes Moinon, jeune président « psychorigide mais naïf », pervers narcissique élu par une armée de citoyens séduits non par des idées lumineuses mais par un regard bleu azur. La cible générationnelle est claire, le portrait charge un peu. C'est le livre le plus inégal du corpus. Il fixe pourtant deux choses qui ne quitteront plus l'auteur : un sens du huis clos, et un moralisme à la française qui regarde les caractères plus que les idées.
La France de mes 7 ans, parue le 14 mai 2026, est la face documentaire du même geste. Sept présidences, soixante-dix ans d'histoire française revisités à hauteur de citoyen, et une question qui revient comme un basso ostinato : que reste-t-il de la souveraineté populaire ? Le ton est plus calme que dans Complots. On sent un auteur qui a trouvé sa distance.
Les Trois Étoiles : la mémoire transposée
Quatre parties, quarante-et-un chapitres, un prologue, un épilogue. Le roman couvre 1938-2026 et se referme symétriquement sur lui-même. Paris, septembre 1938 : André Rozenbaum, seize ans, fils d'un médecin du Faubourg-Saint-Honoré, croise Karl Hoffmann, étudiant allemand de Heidelberg. L'amour est clandestin. Suivent la débâcle, l'Occupation, l'étoile jaune, la rafle, la Touraine, la trahison, Buchenwald, le Block 46, les expériences hormonales du médecin SS Carl Værnet — figure historique réelle, et le roman a la probité de le rappeler dans sa note finale.
Puis vient la quatrième partie, en 2025. Yassin Belkadi, vingt ans, fils d'immigré algérien d'Aubervilliers, rencontre Mathieu Verdier, étudiant à Sciences Po, dans un amphithéâtre de la Sorbonne Nouvelle. André, cent-trois ans, cherche à qui transmettre l'étoile de Ruth Weiss, Vienne 1870-1937. La mécanique du miroir est là, mais FM Duguet a la finesse de ne jamais l'appuyer. C'est l'art de l'aria reprise variée : la même phrase mélodique, transposée dans une autre voix.
Le pari du livre est moins de raconter l'horreur que d'inventer une grammaire de la transmission : l'étoile, le mot « CONTINUE » gravé sur la pierre de Karl, le Verlaine page 47, le chapelet de Fatima posé entre les deux tombes de Montlouis. Des objets-relais qui portent le sens là où les mots tomberaient à plat.
Ténèbres de cités : la trilogie politique
Avec l'achèvement de Narco-démocratie (tome 2) et l'avancement substantiel des Souverains de cendre (tome 3, prévu avril 2027), la trilogie Ténèbres de cités prend une ampleur que le seul tome 1 ne laissait pas présager. L'épilogue du tome 3, Après les cendres, donne lui-même la clé : les trois livres n'en font qu'un. Ils racontent le même pays à trois altitudes différentes.
Le tome 1 regardait en bas — cités du nord de Marseille, terminaux maritimes, points de deal, le réel au ras du sol. Le tome 2 suit les colonnes montantes — la note du Trésor, les arbitrages qui se déplacent, l'erreur Dalmasi/Delmas, ce moment minuscule où un nom mal recopié dans une synthèse permet à un dossier de glisser hors de portée. Le tome 3 arrive aux étages, là où l'on ne se salit plus les mains parce que d'autres, plus bas, le font pour vous.
Bilan critique : une éthique de la transmission
Ce qui ressort de cette lecture d'ensemble, c'est moins un « corpus » qu'une méthode : Duguet écrit en cycles, refuse l'éparpillement, fait dialoguer ses livres entre eux. La transmission n'est pas un thème : c'est une forme. On hérite d'autre chose que de son propre nom — et c'est ce que ces six livres, lus ensemble, finissent par démontrer.
À lire aussi sur ce carnet
- La France de mes 7 ans — parution officielle 14 mai 2026
- AVANT-PREMIÈRE — Ténèbres de cités, Tome 1 « Chronique d'une narco-République »
- Complots et secrets au château — le roman politico-satirique
- Entre ombres et lumières — premier roman autobiographique
📚 Découvrir l'œuvre de François-Michel Duguet
Site officiel de l'auteur : francoismichelduguet.com
Commander chez l'éditeur : Le Lys Bleu Éditions
Presse & journalistes : contact via l'attaché de presse Joss Vigne.









